de Marilyn Agrelo
Genre : Documentaire
Durée : 1h45
Sortie cinéma française : 15 mars 2006
Nationalité : Film américain
Tous publics
New York. Les écoles publiques de Manhattan, de Brooklyn et du Queens sont en effervescence tandis que s'organise le concours annuel de danses de salon pour les élèves de CM1 et CM2. Filmé à travers le prisme de leur regard, ce concours permet à ces enfants issus de l'immigration et du tissu urbain de se métamorphoser, le temps de quelques pas de danse, en de véritables ladies et gentlemen.
Inévitablement devenu un phénomène de mode, notamment à la suite de succès internationaux comme Etre et avoir, La marche de l'empereur ou La planète bleue, le documentaire à portée cinématographique connaît actuellement un essor considérable.
D'abord immiscé dans les salles obscures, de manière plus ambitieuse, par le cinéma français qui est parvenu à atteindre un large publique avec des oeuvres telles que Microcosmos (1996) ou Le peuple migrateur (2001), le documentaire embrasse, aujourd'hui, un succès mondial incroyable qui a d'ailleurs permis à ce genre de passer admirablement du petit au grand écran, mais surtout à être considéré comme un cinéma populaire et plus uniquement élitiste. Ceci se remarque par la multiplication de ce type de films, dont on peut facilement énumérer d'innombrables oeuvres telles que Le dernier trappeur, Genesis, Le Cauchemar de Darwin ou La Planète blanche.
De ce fait, alléché par la perspective de faire de nouveaux bénéfices et de conquérir un public plus vaste, les producteurs hollywoodiens se sont empressés de trouver des cinéastes indépendants pour distribuer leurs films, ce qui a notamment donné naissance à La planète bleue ou à Super Size Me. Notons, cependant, que le cinéaste très engagé Michael Moore a connu un certain succès bien avant ce soudain développement outre atlantique de documentaires et que les producteurs ne sont pas encore tous à ses pieds sachant les oeuvres controversées qu'il signe. En effet, malgré le succès phénoménal qu'a obtenu le documentaire Farenheit 9/11 (près de 120 millions de dollars de recettes aux USA, tout de même), la société Walt Disney a décidé, en 2005, de se séparer de sa filiale Miramax pour avoir distribué ce dernier.
Dans un tout autre registre, le documentaire américain Un...deux...trois dansez ne s'intéresse pas à la vie politique, ni même à la faune ou à la flore d'ailleurs, mais se concentre, en revanche, sur la vie scolaire des quartiers défavorisés de New York. Rappellant inéluctablement sur la forme, le documentaire français Etre et avoir, de Nicolas Philibert, Un...deux...trois dansez relate, en effet, une partie du quotidien d'élèves du CM1/CM2 issus de différentes écoles primaires. Mais la comparaison à celui-ci s'arrête aux locaux scolaires, puisque le spectateur se retrouve plongé, en plein décors urbains, et plus précisément au sein des écoles élémentaires installées dans les quartiers pauvres et les plus désavantages de l'immensité new-yorkaise, qui regroupe autant de populations que d'ethnies différentes. sans jamais chavirer dans une vision éculée de ces quartiers en difficulté qui sont réputés pour baigner dans la misère et la violence, et en évitant les description imbibées de clichés et de stéréotypes, la cinéaste Marilyn Agrelo propose une observation subtile et touchante de la vie des enfants qui y résident, dont certains d'entres eux, trouvent en la danse, une échappatoire aux problèmes économiques, familiaux et sociaux qui sont présents à la maison et qui ont ainsi immanquablement des répercutions dans le comportement et la vie sociale des enfants. Perçue par les enfants et démontrée par l'école comme un outil d'ouverture culturelle, de communication, de socialisation et d'enrichissement des liens entre les individus, le programme de danse gratuite instauré dans les établissements scolaires permet aux enfants, avant tout, de s'amuser, de grandir, mais également de se surpasser, de se sentir capable d'agir et surtout d'éviter le sentiment d'inutilité qui reflète, bien souvent, la situation familiale désastreuse d'un enfant. Magnifiquement narrée, cette histoire véridique offre au spectateur une vision humaine et pleine de tendresse de l'enfance et transmet surtout une douce et agréable note d'espoir. Ce documentaire puise toute sa force dans une humilité remarquable, dans la beauté du message qui prône la danse et l'amusement de la jeunesse, de même que dans la personnalité complexe et attachante de tous les enfants qui étonnent littéralement par leur maturité et leur acharnement dans les tâches effectuées. Bien plus qu'un simple documentaire, Un...deux...trois dansez se dévoile comme une analyse touchante et pertinente de l'enfance à l'adolescence de la jeunesse vivant dans les quartiers difficiles. Avec une naïveté à l'image de l'enfance et avec une touche de poésie véhiculée par le lyrisme du récit, cette oeuvre se présente comme une grande leçon de vie et comme un hymne à l'enfance et à la jouissance des choses simples et élémentaires du quotidien. De plus, la réalisatrice octroie à son documentaire une réelle profondeur et une forte intensité émotionnelle, de sorte que le spectateur soit passionné et fasciné par le sujet toute la durée du film. Finalement, grâce à des rythmes bouillonnants et entraînants de tango, de swing ou de salsa et à la réalisation proche d'un document amateur qui assimile Un...deux...trois dansez à un souvenir chaleureux et irrésistible d'une grande année scolaire, le spectateur passe un moment envoûtant et merveilleux devant ce magnifique documentaire. Une chose est sûre, à la vision de Un...deux...trois dansez, on ne peut que pleinement approuver l'idée que le documentaire forme un partie intégrante du septième art.
Note film : 5/5




